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A L’ÉPOQUE DES BUGATTI

Le retour à la France impose une nouvelle reconversion économique. Après la fermeture du marché allemand, le textile haut-rhinois doit ainsi se tourner vers le marché colonial français.

Conseil de Crédit Strasbourg, en période de taux moyens, n’hésitez pas à prendre un taux variable capé, vous vous en féliciterez quand les taux évolueront.

Les établissements miniers sont placés sous séquestre. En 1921, les mines de Pechelbronn sont confiées par l’Etat (pour 99 ans) à la S.A. d’Exploitation Minière – Pechelbronn, dont les actionnaires sont essentiellement des Parisiens d’origine alsacienne ou des banquiers, industriels ou propriétaires fonciers alsaciens (Herrenschmitt, Schutzenberger, Bary, Mieg, De Die-trich). L’exploitation par sondages est réduite au profit de l’exploitation par galeries. Grâce à une solide protection douanière, la production augmente : 50 223 tonnes en 1923, 73 800 t. en 1930. Elle est principalement exportée par le port de Strasbourg, où est aménagé un bassin des pétroles.

Les mines de Potasse, elles aussi placées sous séquestre, sont rachetées en 1924 par l’Etat aux anciennes sociétés allemandes. Ainsi naissent les Mines Domaniales des Potasses d’Alsace, dont le développement est important : 1,2 millions de tonnes de sel en 1920, 3 millions en 1930.

A Mulhouse, les grandes banques parisiennes remplacent les créations allemandes. Les banques locales sont absorbées par les établissements de la capitale. Le patriciat mulhousien traditionnel perd la direction des affaires au profit de personnalités étrangères à la ville. C’est la fin de l’autofinancement familial, sauf pour quelques rares exceptions. La proximité du bassin potassique permet cependant une meilleure diversification de l’industrie chimique. L’industrie mécanique se renforce. Mais le textile, avec 12 000 ouvriers constitue toujours la branche dominante.

La reprise économique n’a lieu toutefois qu’à partir de 1924. Mathis à Strasbourg se hisse au 4e rang des constructeurs automobiles français. Les voitures Bugatti, de Molsheim, sont les seules voitures françaises à participer aux grandes épreuves internationales. En 1933, l’autorail, la Bugattine, bat le record du monde de vitesse avec 173 km/h.

        DÉPRESSION ÉCONOMIQUE ET FRONT POPULAIRE

En Alsace, la dépression économique du début des années 1930 est d’abord agricole. On note une mévente du houblon, des vins, des céréales et de la betterave à sucre. C’est le résultat de la surproduction. La consommation de la pomme de terre augmente cependant, signe de la baisse du pouvoir d’achat. Le paysan s’endette. On observe les premiers indices de l’effritement de la société rurale traditionnelle, si chère aux agrariens catholiques.

La diminution de la consommation électrique, la récession du trafic ferroviaire des marchandises témoignent du ralentissement de l’activité industrielle. Dans les tissages de Mulhouse, la semaine de travail est considérablement réduite. Les salaires sont amputés de 10 % dans plusieurs entreprises mécaniques et textiles. Les licenciements sont nombreux : 400 chez Matiord à Strasbourg en mars 1935, 700 chez Bugatti à Molsheim en novembre 1937. Il y a 7 000 chômeurs dans le Haut-Rhin à la veille du Front Populaire. Les banques se concentrent. En 1934, il n’y a plus que deux banques alsaciennes.

Les vagues de grèves se succèdent. En août 1933, on dénombre 18 000 grévistes. Des heurts très violents les opposent aux gardes-mobiles à Strasbourg. On dénombre 150 blessés du côté des manifestants et des dizaines d’arrestations.

Au lendemain du 6 février 1934, la grève est totale à Mulhouse, Guebwiller et Colmar. A Strasbourg, une manifestation interdite par la Préfecture rassemble 8 000 personnes. En 1936, curieusement, le mouvement de grève ne se déclenche qu’après les Accords de Matignon : chez Mieg, à la SACM, aux chantiers du tunnel de Sainte-Marie aux Mines, à Malmerspach, chez Gluck, Raphaël-Dreyfus, Kiener, aux mines de potasse… Une partie du patronat s’appuie en effet sur le droit local pour affirmer que les conquêtes du Front Populaire n’ont pas à être appliquées en Alsace.

Après l’entrée en grève des journaliers des domaines vitico-les E. Schlumberger à Guebwiller, la presse de l’UPR excite les paysans et les viticulteurs contre les  » agents de Moscou « , qui mettent en danger la petite propriété. Le 20 juin, en pleine nuit, encadrés de notables, de parlementaires et de syndicalistes chrétiens, 200 paysans occupent la Préfecture de Colmar pour exiger l’intervention des forces de l’ordre contre les  » partageux « . En juillet, le calme revient peu à peu, sauf dans les petites entreprises qui refusent d’appliquer les nouvelles lois sociales.

Mais à partir de 1937, les investissements se font de plus en plus rares en Alsace, le gouvernement mettant en pratique sa politique de glacis face au péril hitlérien. Pendant toute cette période, le seul secteur à rester prospère est le bâtiment grâce à la construction de la Ligne Maginot qui longe la rive gauche du Rhin et se prolonge le long de la Lauter par des ouvrages fortifiés un peu plus importants. L’Alsace souffre de sa situation de ‘ ‘ Marche ‘ ‘ frontière. Les investisseurs ne se montrent pas empressés de placer des capitaux dans une région qui se trouverait  » en première ligne  » en cas de conflit. Aussi la principale réalisation de la période de l’entre-deux-guerres est-elle la construction de l’usine hydro-électrique de Kembs au bord du Rhin, à l’est de Mulhouse.

          LES SOUBRESAUTS DE LA SOCIÉTÉ RURALE

La société rurale traditionnelle alsacienne, jusque là si stable, si cohérente, subit alors un profond ébranlement. Les journaliers avec ou sans terres disparaissent. Les jeunes s’embauchent à l’usine. La petite exploitation ne peut se maintenir qu’au prix d’un investissement en travail considérable.

L’électricité pénètre dans les campagnes au début des années 1920, de même que l’adduction d’eau, l’automobile et le football. L’équipe professionnelle du Racing Club de Strasbourg dispute à Sochaux la Coupe de France en 1937. Les modes de vie évoluent. Les dernières manifestations de l’Alsace traditionnelle ont lieu à l’occasion du retour des cloches d’église réquisitionnées pendant la guerre par les Allemands. Les villageois viennent les chercher en cortège à la gare la plus proche, où elles sont livrées, puis les conduisent jusqu’à leur église par des voitures richement décorées. A l’entrée des villages, ces processions joyeuses passent souvent sous les arcs de triomphe de circonstance.

Mais les résistances au ‘ ‘ modernisme ‘ ‘ sont nombreuses. Une trentaine de communes seulement acceptent le remembrement avant 1930. En 1942, il y a toujours 23 100 exploitations de moins de 2 hectares contre 1 026 de plus de 20 ha, 199 de plus de 50 ha.

En 1923, les notables de la Fédération Agricole (dont le Comte d’Andlau) sont vivement contestés. Les petits exploitants forment une organisation rivale, le Bauernbund (Front Paysan) pour obtenir l’augmentation des prix agricoles à la production. D’esprit corporatiste, ce syndicat paysan se laisse tenter par les idées autonomistes et parafascistes.

Dans les communes mixtes, les tensions interconfessionnelles rebondissent également. Aux élections municipales de 1929 et de 1935, les gros cultivateurs protestants, maîtres des mairies jusque là, doivent céder la place aux catholiques, mieux intégrés aux mutations économiques et sociales en cours. Mais tout cela paraît bien secondaire en comparaison avec les nuées qui s’accumulent sur l’Europe…

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