LA VIE QUI CHANGE
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LES TRANSFORMATIONS ÉCONOMIQUES

Profondément atteinte dans sa vie matérielle par les secousses de la Révolution, l’Alsace retrouve vitalité et dynamisme sous l’Empire. Assez paradoxalement, la constitution du Rheinbund et le déclenchement du Blocus continental, en 1806, jouent un rôle somme toute positif en contraignant pratiquement l’économie alsacienne non seulement à se suffire à elle-même mais aussi à contribuer à l’effort de guerre. Tel est le cas de l’industrie, surtout en ce qui concerne les branches de la métallurgie et du textile.

L’industrie métallurgique alsacienne bénéficie évidemment En périorité de l’extension du conflit à l’ensemble de l’Europe. Jusque-là, ce secteur ne comprenait que des centres disséminés et passablement limités quant à leur capacité d’expansion. D’autre part se posait traditionnellement le problème de l’approvisionnement en charbon, l’Alsace étant cruellement démunie de cette rare d’énergie (à l’exception de gisements voisins de Sarrebriick ronchamp en Haute-Saône). Dans le Bas-Rhin se signalent les forges de Rothau et de Gramont, la manufacture d’armes de klingenthal (créée dès 1730 puis rachetée par les frères Coulaux) ainsi que les vieux établissements de Dietrich à Niederbronn. En haute-Alsace les activités se concentrent essentiellement à belfort (établissements Viellard et Antonin), Masevaux (entreprise Voyer d’Argenson) et Lucelle (établissements Paravicini).

Toutefois, la nécessité de produire implique un renouvellement la fois des productions et des méthodes. Frédéric guillaume Japy est un des hommes symbolisant le mieux ce dément. Dès 1780 il fonde à Beaucourt, au sud de belfort,  le comté de Montbéliard, la manufacture portant son nom. En septembre 1798, il dépose une demande de brevet série d’une dizaine de machines destinées à simplifier .cuire la main-d’œuvre. Le signal est donné : fabrique Horlogerie a l’origine, l’entreprise de Japy s’adjoint rapidement a fabrication des vis à bois avant de connaître une ascension fulgurante sous l’Empire. De même,   à   peu   près   ruinés durant la Révolution, les établissements de Dietrich entament un nouvel essor qui les hisse bientôt parmi les groupes industriels les plus dynamiques d’Alsace.

Mais, davantage que la métallurgie, c’est l’industrie textile (le secteur de l’indiennerie en particulier) qui effectue en Alsace un progrès décisif sous l’Empire. Bien implantées depuis plusieurs décennies,  les manufactures de toiles peintes comprennent des dynasties déjà célèbres comme celles des Risler, Schlumberger et autres Dollfus. Ces mêmes manufactures ont assuré en une mesure la prospérité d’une cité comme Mulhouse.

Dès le début de l’époque napoléonienne s’opère un vaste mouvement de concentration et d’intégration. C’est ainsi que la vénérable manufacture de Wesserling, après bien des péripéties est contrôlée en 1801 par l’association Gros, Davillier, Romzr et Compagnie. L’inauguration de mesures protectionnistes puis du Blocus continental, cinq ans plus tard, parachève cette évolution Jusqu’à cette date en effet, la France est grande consommatrice de produits textiles anglais. Tendance que viennent heurter les mesures prohibant l’importation des toiles de coton écrue et taxant d’un droit élevé l’importation des filés. Pour In­dustrie textile alsacienne c’est une chance inespérée que les fabri­cants savent aussitôt saisir. Ça et là se créent des filatures et des ateliers de tissage. Il est recherché (en Suisse essentiellement une main-d’œuvre techniquement qualifiée. C’est également un encouragement donné aux inventions et audaces de toutes sortes La filature mécanique fait son apparition à Wesserling, Bollwi-11er, Masevaux, Willer. A Dornach, en 1812, les établissements Dollfus-Mieg sont les premiers à installer dans leur filature une machine à vapeur de 10 cv.

Une telle expansion, à peine freinée par les crises de 1810-1811, entraîne les prolongements les plus inattendus. L’offre ayant bien du mal à contenir une demande démesurément et subitement gonflée, les fabricants sont contraints aux initia­tives. Ici, Daniel Dollfus-Mieg se rend acquéreur de la moitié des houillères de Ronchamp et de Champagney, en Haute-Saône, à l’ouest de Belfort. Gros et Davillier plantent du coton en Italie, de manière à s’assurer leur ravitaillement en matières premières. C’est le point de départ d’ascensions éclatantes d’entreprises, dont certaines vont s’amplifier tout au long du XIXe siècle.

A ce développement très important de l’industrie, l’agricul­ture répond d’abord timidement. Les méthodes demeurent en effet trop archaïques et l’organisation du terroir (morcelé à l’excès) se révèle trop peu rationnelle pour permettre des progrès consistants. A cela s’ajoute le poids des redevances fon­cières qui endettent le milieu paysan. La situation commence à s’éclaircir à partir des années 1810. Ainsi que l’explique F. L’Huillier, « en partie sous l’effet d’un vaste mécanisme de spéculation qui pompe les grains de tout l’Est de l’Empire, voire de la rive droite, au profit de Paris, de l’Ouest et du Midi, une montée rapide des cours du blé et de la farine culmine en 1812 ‘ ‘ .

Des cultures nouvelles sont développées (pomme de terre, houblon) ou carrément introduites (pastel, betterave sucrière) candis que les autorités s’efforcent de morceler les communaux afin de satisfaire à des exigences de justice sociale. La dette paysanne  subsiste certes toujours, mais les pouvoirs publics s’empressent de faire bénéficier » les débiteurs de sursis et autres mesures ae u>eralité. De ce point de vue, l’action du préfet Lezay-Marnésia, ses populaire en milieu rural, s’avère déterminante. C’est lui qui arcse notamment la nécessité de drainer les prairies trop marécageuses ou de tracer davantage de chemins ruraux.

Sous l’Empire, les autorités déploient d’ailleurs de sérieux efforts pour doter l’Alsace d’un réseau de communication convenable » Le confirme le lancement d’un nouveau pont à Kehl, en mai 1808. Mais l’essentiel de cette entreprise de rééquipement recrue, une fois encore, durant la mission du préfet Lezay marnésia . C’est alors qu’est activée la remise en état des routes et chemins vicinaux, de même qu’est amorcée l’édification de nouvelles  chaussées. C’est également l’époque où s’accélèrent les travaux du canal du Rhône au Rhin, projet décidé par l’Empereur au lendemain d’Austerlitz.

aussi les efforts de l’Etat se conjuguant avec les heureuses surprises  la conjoncture, n’est-ce pas un hasard si le commerce alsacien connait sous l’Empire une sorte de  » belle époque ». les victoires napoléoniennes ont pour effet de valoriser à l’extrême traditionnel de vie et de richesse qu’est la vallée du Rhin, bien plus,  le monde rhénan se trouve pratiquement au centre du dispositif  économique de Napoléon. La ville de Strasbourg, en particulier développe ses activités commerciales à un rythme exceptionnel  et étend bientôt ses ramifications sur la Suisse, l’Allemagne et même les pays de la mer Baltique. Son rayonnement est tel que  l’Empereur songe à y installer une succursale la banque de France.

par ailleurs protectionnisme imposé par le Blocus continental entraine des modifications profondes dans les fonctions commerciales traditionnelles. Le transit est en recul notable tandis que les exportation  prennent largement l’avantage (probablement une proportion de 1 à 5) sur les importations. Cela implique un véritable renversement des courants commerciaux antérieurs. Ancien Régime le courant Nord-Sud était Le plus intense, c’est exactement le contraire qui se produit sous Napoléon.

« Porte de la France,  » l’Alsace devient de surcroît une  région fort prisée des fraudeurs et contrebandiers en tous genre Bien antérieure à l’Empire et même au Consulat, la contrebande  s’amplifie considérablement à partir de 1802. Elle se trouve au demeurant facilitée par la carence des autorités douanières ainsi que par l’attitude plus ou moins complice de négociants de places importantes comme Bâle. Véritable ‘ ‘ fonction commerciale ‘ ‘. la contrebande porte en majeure partie sur les importations, e: de préférence sur les marchandises prohibées ou trop sévèrement: taxées (coton, tabac, sucre, café, denrées coloniales). A Strasbourg, devenue le  » collecteur de tous les courants de l’interlope « . s’édifient en quelques années des fortunes colossales en la per­sonne des Humann, Saglio et Exel. La coïncidence est loin d’être fortuite, en dépit de l’honorabilité notoire de ces million­naires.

 

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